Présentation de la pratique de la classe inversée en S.E.S

Classe inversée en SES (télécharger l’article)

CUPERTY Patrice, enseignant de Sciences économiques et sociales au lycée V.Hugo de Colomiers (proche de Toulouse)

Site professionnel : www.esprod.fr

Membre de l’équipe 2015-2016 des Travaux académiques mutualisés de Midi-Pyrénées sur « la classe inversée »

La classe inversée à partir d’une vidéo de Sciences économiques et sociales : comment ça se passe ?

Les Sciences économiques et sociales (S.E.S) sont devenues un Enseignement d’exploration en classe de seconde depuis la réforme de 2010. Au sein de mon établissement, cela prend la forme d’une heure hebdomadaire en classe entière (en général 35 élèves) et d’une heure quinzaine en demi-groupe (autour de 17 élèves). Cette heure à effectif limité est propice à la pratique de la classe inversée1. Il s’agit pour les lycéens de préparer la séance à l’aide d’une vidéo de moins de dix minutes (appelée « capsule ») mise en ligne sur internet. Ils ont pour consignes de : visionner la vidéo, prendre des notes sur ses points essentiels et réaliser un petit exercice le plus souvent proposé dans la vidéo. Ils peuvent la mettre en pause ou en revisionner une partie s’ils le souhaitent, ce qui présente entre autres avantages, de les rassurer. C’est particulièrement intéressant pour les élèves les plus timides -quelque soit leur niveau- qui hésitent à poser des questions en classe lorsqu’ils ont manqué un élément du cours.
Prenons le cas d’une notion clé du programme de S.E.S, à savoir, la socialisation2. Il faut tout d’abord que la vidéo soit facilement accessible et donc présente sur : l’Espace numérique de travail (ENT) et/ou sur un réseau social du type Youtube, Dailymotion, Viméo… Les lycéens doivent pouvoir la visionner sur ordinateur, smartphone ou tablette numérique. Si certains lycéens rencontraient des difficultés d’accès à internet ou de matériel, un délai d’une semaine est tout à fait suffisant pour qu’ils étudient la vidéo à partir du CDI du lycée. La vidéo présente, en moins de 10 minutes, de manière « minimaliste » la notion du programme. L’accent est donc plutôt mis sur la forme afin qu’elle soit agréable visuellement3. Sa réalisation est relativement simple puisqu’elle utilise un diaporama présenté grâce à un logiciel libre interactif mis en avant par le Ministère de l’Education nationale -Open Sankoré4-. Le tout est capturé par une vidéo de l’écran de l’ordinateur de l’enseignant. La présentation des bases de la notion dans une vidéo permet d’éviter de les répéter à chaque introduction de séance pendant au moins un quart d’heure, avec souvent quelques élèves demandant de redonner la définition parce qu’ils n’ont pas eu le temps de la noter. Dans la vidéo, la définition de la socialisation (apprentissage tout au long de la vie des normes et valeurs propres à un groupe ou une société) est illustrée à l’aide d’exemples. Elle met ainsi l’accent sur les concepts de valeurs (idéaux partagés par un groupe ou une société) et normes (règles de conduite propres à un groupe ou une société). La vidéo se termine par une question qui sera corrigée en classe.
La séance d’une heure de demi-groupe commence par la vérification de la prise de notes. Il faut rappeler qu’il s’agit d’un devoir maison aussi sérieux que n’importe quel autre type de devoir. Le support est simplement différent et facilite la variation dans les préparations de séances. Ceci permet aussi de repérer rapidement certaines compétences, ou au contraire des lacunes, à travers la qualité de la prise de notes. On demande au préalable si un lycéen a une question (éclaircissement, rappel, précision…) à poser sur un point précis de la vidéo, puis on demande le cas échéant à un autre élève d’y répondre. Ensuite on entame la phase d’exercices en groupe de 2 à 4 élèves. La proportion de lycéens n’ayant pas réalisé son devoir maison ou l’ayant « malencontreusement oublié » est la même que lors des devoirs sur supports habituels. La pédagogie de la classe inversée n’est donc pas la réponse « magique » à toutes les difficultés que rencontre l’enseignement aujourd’hui. Le professeur s’assure que les groupes soient composés au minimum d’un lycéen disposant d’une prise de notes correcte.
La première série de 1 à 3 questions est un prétexte à rappel des points clé de la vidéo (définitions, formules, exemples…). Ainsi, il peut être demandé aux groupes de donner un exemple, issu de la vidéo ou de leur réflexion propre, illustrant la notion de valeur. Il s’agit de s’assurer de la maîtrise des fondamentaux avant de passer à la phase suivante, la résolution d’un problème. En effet, la pratique de la classe inversée ne se résume pas à une simple suite d’exercices réalisés en groupe. La question posée lors de la fin de la vidéo sur la socialisation est volontairement paradoxale. Elle demande si la dernière image de la vidéo montre un enfant « socialisé » alors qu’il fait de manière ostentatoire un geste insultant. La réponse en classe peut faire l’objet d’un court paragraphe argumenté ou d’une liste d’arguments. Elle est ensuite corrigée à l’oral. La plupart du temps, les réponses des groupes sont contradictoires ce qui permet à l’enseignant de retrouver sa place traditionnelle lorsqu’il tranche entre les arguments et explique pourquoi et comment l’enfant de la vidéo est bel et bien socialisé. En effet, il a intégré les codes de la société -y compris les plus insultants- dans un cadre précis, celui d’un match de football car son visage porte la couleur d’un club. C’est à ce moment que l’on peut identifier les élèves particulièrement attentifs aux détails et capables de les resituer dans un contexte. Ensuite, une dernière série de questions est engagée dont le niveau dépend de celui de la classe. Celle-ci s’appuie en général sur un exercice dicté ou un document du manuel et est destinée à mettre en application la notion. Il s’agit d’approfondir la maîtrise de ce qui a été introduit précédemment. On peut par exemple demander si laisser sa place assise dans le bus à une personne âgée est une valeur ou une norme, la réponse devant être argumentée par au moins une phrase rédigée correctement. Il est aussi possible de poser une question supplémentaire et plus difficile -calcul à partir d’un document statistique par exemple- aux groupes les plus à l’aise tout en s’assurant que les autres ont compris l’essentiel. La séance se termine par une courte synthèse qui peut éventuellement être dictée.
Toutes les questions ainsi que leur correction sont notées individuellement sur le cahier ou classeur de cours. Par contre, les réponses sont écrites sur une feuille de groupe accompagnée des noms des membres. La coopération et les explications entre pairs sont ainsi encouragés -résultat recherché par la pratique de la classe inversée- car leur efficacité pédagogique a été démontrée par les recherches en sciences de l’éducation. Le niveau de bruit dans la classe est logiquement augmenté lors des exercices mais il est moins désagréable que le bavardage habituel puisqu’il est davantage focalisé sur l’exercice. L’enseignant peut naviguer entre groupes pour les aider ou s’assurer qu’ils sont bel en bien en activité. Certaines feuilles peuvent être relevées et évaluées (note commune au groupe), sur le principe du volontariat et/ou de la désignation par l’enseignant. Valoriser les productions des lycéens et/ou sanctionner celles dont le sérieux est insuffisant est plutôt aisé car le professeur a pu repérer la qualité du travail. Cette pédagogie implique une disponibilité certes exigeante mais aussi très stimulante. Elle peut être alternée avec des séances plus classiques ce qui n’est pas toujours pour déplaire aux élèves.
On peut conclure qu’il existe autant de versions de la pédagogie inversée à base de vidéos que d’enseignants. Les deux seules conditions sont constituées de la capsule vidéo en préparation et du travail en groupe lors de la séance. L’objectif reste toujours celui de la mise en activité5 des élèves.
1Site internet la classe inversée, http://www.classeinversee.com/

2Vidéo de Patrice Cuperty sur La socialisation, https://www.youtube.com/watch?v=1D5vh6xQIQE

3Courrier du IATICE – Académie de Toulouse, février 2015, http://automne-ses.ac-toulouse.fr/

4Site internet du logiciel, http://open-sankore.org/

5Alain Taurisson, Claire Herviou, Pédagogie de l’activité : pour une nouvelle classe inversée, ESF, 2015

QCM sur la socialisation :

1.01 Comprendre la socialisation : une introduction aux S.E.S

Une seule réponse possible à chaque question

Auteur de l’article : Cafeco

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *